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19/03/2015

Visite au camp de Septfonds

A  la recherche de nos pères.

Récit de Manuela Parra et Lina Angles

La météo s’est trompée. Il n’a pas plu  et ce samedi 14 mars elle a été particulièrement clémente. C’est dans de bonnes conditions que nous avons pu visiter Septfonds.

Quel intérêt pour ce village du Tarn et Garonne me direz-vous ? Pour nous il est très important car c’est ici que nos pères furent enfermés en 1939 dès leur arrivée en France*.


 Manuela Parra  avait noué des contacts avec Jean Marc Labarta et Genevieve Dreyfus-Armand à l'occasion de la rédaction de son  livre : "Empreintes de la mémoire en héritage - les pas de l'exil à l'encre rouge".  Jean Marc est l'instigateur d'un centre d'interprétation qui va valoriser le patrimoine historique du village. Il a constitué autour de l'exil des républicains espagnols un conseil scientifique pour l'aider dans cette tâche. La municipalité de Septfonds, petit village de 2000 habitants, s'investit particulièrement dans ce projet.  

A travers cette initiative à l’origine personnelle, les deux associations “NO PASARAN” et  ASEREF étaient représentées.

Nous avons été accueillis avec beaucoup de gentillesse et de générosité par Jean Marc Labarta, et Nadine Sinopoli adjointe à la vie associative.

Jean Marc Labarta avait  tenu à nous faire une surprise et il avait invité Joaquim Prades, qui est arrivé au camp où ses deux frères étaient déjà détenus à l’âge de 14 ans, en octobre 1939. Ce monsieur de 90 ans, qui en paraît 20 de moins nous a accompagné pendant notre visite en émaillant  notre parcours d’anecdotes et d’histoires vécues. Il nous a fait partager la douleur de la séparation avec sa mère qui a été reconduite en Espagne, punie parce que rouge, et qu’il n’a jamais revue.

De la mairie où nous avons pu admirer les peintures de Marti, Ponti, Soria, peintres espagnols détenus dans le camp, au mémorial et de la baraque 34, reconstruite pour  mieux nous plonger dans la réalité de cette année 39, au cimetière des espagnols dont la stèle domine la campagne, en passant par la gare de Borredon, nous n’avons pas cessé de penser à ces hommes arrivant dans un lieu inconnu entouré de tirailleurs sénégalais. Nous avons pu ainsi imaginer leurs conditions de vie, entassés dans des baraques froides à plus de 350.  Après 6 kilomètres à pied depuis la gare, dans un lieu excentré du village, ils atteignaient ce camp surveillé par des spahis à cheval et par des miradors.  Les premiers ont du creuser la terre  pour se protéger avant la construction de ces camps.

Voici ce que Juan  Puig  (père de Lina) en disait :

«  l’embêtant c’est que quand on est allé là-bas, il n’y avait pas une baraque, rien c’était l’air libre, tu vois ! D’ailleurs tu as vu les photos qu’il y a, des fils de fer partout bien fermé, et on nous a mis là-bas. « …… »  Mais nous y sommes allés nous étions des centaines et le camp de Septfonds, « …. ». et le même jour alors, avant souper il a commencé à pleuvoir, alors là-bas, tous assis, l’un a côté de l’autre comme on a pu, ça a été une de ces averses terribles et toute la journée, je veux dire quoi, le soir a commencé, toute la nuit, il a plu, le lendemain il a plu et nous, là-bas, assis comme on pouvait, ce qui nous a embêté, c’est qu’il n’y avait aucun endroit pour aller faire, ni tes besoins, ni uriner, rien, « faites-les où vous voudrez ». Parce qu’il n’y avait pas une baraque, rien, rien d’ailleurs tu as vu les photos, les photos que j’ai sur moi, en permanence. »

Juan Parra, capitaine de l’armée républicaine, père de Manuéla  y fit deux séjours. L’un dés sa sortie du navire Hopital le Maréchal Lautey où il fut soigné d’une blessure d’un éclat de mortier qu’il reçut lors de la bataille de l’Ebre. L’autre, en 1941, entre deux missions de travail au cours de son itinéraire de travailleurs étrangers. Il put nous fournir une vision du camp grâce à une carte postale qu’il envoya à sa fiancée restée à Lunel.

Le camp de Septfonds fut également le lieu de détention des Juifs dont beaucoup partirent vers les camps d’extermination.

La journée s’est terminée par une conférence organisée par l’Université populaire de Caussade sur le thème de la Retirade avec Jean Pierre Amalric et Geneviève Dreyfus-Armand. Des témoignages ont été également apportés par des contemporains et des passionnés de notre histoire.

Merci à Jean Marc, Nadine  et Joaquim ainsi qu’à Patrick, le mari de Manuela qui nous a conduits vers ce lieu qui fut le début de l’exil pour nos deux papas.

Nous sommes reparties heureuses d’avoir rencontré les gardiens de notre mémoire et avec qui nous pourrons tisser des liens d’amitiés

 

Manuela et Lina

 

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Carte postale envoyée par le père de Manuela à sa mère

 

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Joaquim Prades avait 14 ans lors de son arrivée au camp de Septfonds en 1939 à ses côtés Manuela Parra et Lina Angles

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Jean Puig, le père de Lina troisième en partant de la gauche

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Jean Parra troisième en partant de la gauche

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Le cimetière des espagnols, 81 républicains espagnols décédés dans ce camp y sont enterrés

 

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Tableau peint par Soria un espagnol du camp. Ce tableau figure dans la salle du conseil municipal de Septfonds

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La révolution française peinte par Ponti un espagnol du camp

 

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