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14/04/2015

L'hommage à la seconde République espagnole et aux républicains espagnols aujourd'hui à Montpellier

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Ce 14 avril à Montpellier un hommage a été rendu aux républicains espagnols à l'occasion du 84ème anniversaire de la seconde République. La maire adjointe de Montpellier madame Lorraine Acquié était présente et a pris la parole après l'intervention d'Eloi Martinez président d'ASEREF (voir discours ci-dessous). Une cinquantaine de personne a particpé à ce rassemblement. Après les discours les gerbes de fleurs ont été déposées par ASEREF et par la Ville au pied de la plaque de l'allée des républicains espagnols. Une minute de silence a été observée et après le chant des partisans, l'hymne de Riego et La marseillaise ont clôturé cette émouvante et combative cérémonie.

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avant la cérémonie officielle, la parole était donnée au public, ainsi ont pu s'exprimer Alejo Beltran coordinateur national de Izquierda Unida France et Gonzalo représentant Marea Granate.

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Lorraine Acquié adjointe au maire de Montpellier à gauche d'Eloi Martinez président d'ASEREF est intervenu pour rendre hommage aux républicains espagnols qui ont combattu dans la résistance en France et qui ont contribué à libérer Montpellier

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Dépôt de la gerbe d'ASEREF par Lina Angles Puig dont le père participa aux combats de la libération de Montpellier et par Eloi Martinez

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Dépôt de la gerbe du maire de Montpellier Philippe Saurel par Lorraine Acquié adjointe au maire

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Pendant l'hyme de Riego

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Après la cérémonie rencontre amicale d'Eloi Martinez président d'ASEREF avec les jeunes espagnols exilés à Montpellier et militants de Izquierda Unida et de Marea Granate.

 

Intervention d’Eloi Martinez Monegal à Montpellier le 14 avril 2015 allée des républicains espagnols lors de l’hommage rendu au nom d’ASEREF Association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France

Je voudrais tout d’abord rappeler que c'est le 14 décembre 1996 que cette allée fut inaugurée par le maire de Montpellier qui était alors Georges Frêche en présence d'associations d'anciens combattants et notamment Enrique Escoms (décédé depuis) alors président départemental des anciens guérilléros et résistants espagnols.

Depuis 1996 notre association ASEREF a été présente à plusieurs reprises les 14 avril afin de perpétuer le souvenir de ces combattants de la liberté.

Le 14 avril 2011, pour le 80ème anniversaire de la seconde République espagnole, Hélène Mandroux alors maire de Montpellier était présente à notre invitation ainsi que le consul général d'Espagne pour cet hommage.

Lors de la cérémonie de la libération de Montpellier, le 31 août 2014, à la demande d'ASEREF auprès de Philippe Saurel actuel maire de Montpellier, le drapeau de la République espagnole a flotté pour la première fois au Monument aux Morts de la ville.

Tout cela n'est que justice et reconnaissance pour ces espagnols qui dans la Résistance notamment ce sont impliqués partout en France où ils étaient présents.

A Montpellier ils participèrent activement à la libération de la ville. Des parents de quelques adhérents de notre association y furent directement impliqués dans les combats.

Ce 14 avril 2015 nous avons souhaité à nouveau être là pour commémorer l’anniversaire de la seconde République pour réaffirmer au-delà de l'hommage l'attachement aux valeurs de la République au moment où de sinistres personnages font de la xénophobie leur fond de commerce politique.

Les dernières déclarations de Le Pen concernant les chambres à gaz qu'il a réitérées et plus récemment celles à l'encontre du premier ministre à propos de sa nationalité espagnole ne sont pas un détail mais bien la réalité de la progression en France d'idées nauséabondes porteuses de haine.

« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » Cet avertissement de Brecht reste malheureusement d'actualité.

On aurait tort de penser que ce sont les déclarations d'un vieux pétainiste sénile nostalgique de l'Algérie française. Robert Ménard maire de Béziers n'est-il pas sur la même longueur d'onde

Quand il rend hommage aux assassins de l'OAS en débaptisant la rue du 19 mars 1962!

Nous voulons donc faire de ce 14 avril 2015 plus qu'un hommage, nous voulons appeler au réveil citoyen pour les valeurs de la République celles pour lesquelles sont morts des dizaines de milliers de républicains espagnols aux côtés des français dans les combats contre le nazisme.

Nous voulons aussi exprimer, ce 14 avril, notre solidarité avec les associations espagnoles qui luttent contre l'impunité des crimes du franquisme

Nous voulons aussi affirmer notre soutien aux forces politiques et organisations qui luttent pour le retour de la République en Espagne

 

Il y a 84 ans, le 14 avril 1931,  la République était proclamée en Espagne, des avancées sociales considérables dont le droit de vote des femmes marqueront les débuts de la jeune République.


L’Espagne dans l’année trente c’était :


2 millions d'agriculteurs sont sans terre alors que 20 000 personnes possèdent la moitié de l'Espagne.

Le clergé  était constitué de 31 000 prêtres, 20 000 moines et 60 000 religieuses et il existait 5 000 couvents en 1930.

L'armée comptait 15 000 officiers et 800 généraux. Un général pour 100 hommes !

24 693 000 d'habitants en Espagne en 1931

8 millions d’Espagnols sont touchés par la misère en 1930.

Entre 30 et 48 % de la population est analphabète en 1930

1 religieux pour 493 habitants en 1930

4,27 pesetas/jour de salaire moyen en 1931

Pendant la période républicaine :

13 000 écoles furent construites en 1932

145 007 élèves bacheliers en 1934. En 1931 ils n'étaient que 76 000.

303 983 récepteurs radio en 1936

3 337 salles de cinéma (62 à Madrid et 116 à Barcelone en 1935)

69 stations de radio officielles en 1936

3 765 livres imprimés en 1935 (2 652 en 1930)

La République devait s’attaquer dès le début à plusieurs réformes importantes, portant sur :

La répartition des terres

Les nationalismes (notamment par l'octroi du droit de solliciter un statut d'autonomie

Les relations entre l'Église et l'État

La réorganisation de l'Armée

L'extension du suffrage universel aux femmes et aux soldats

La création d'un Tribunal de Garanties, pour régler les problèmes d'inconstitutionnalité

La reconnaissance de la propriété privée, bien que l'État se soit réservé le droit de l'annuler si le bien commun l'exigeait

La renonciation à la guerre et l'adhésion à la Société des Nations.

Le 18 juillet 1936 un putsch préparé de longue date par plusieurs généraux dont Franco avec le soutien de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie  prétend renverser la République.

Les fascistes escomptaient une reddition rapide du gouvernement républicain. Ils en ont été  en pour leurs frais. Le peuple s’arme, les grandes villes échappent aux factieux notamment Madrid, Barcelone, Valence. ils ne se maintiennent principalement que dans le Sud. Encore est-ce avec le concours de troupes marocaines. Près de trois ans plus tard le 31 mars 1939 la République est à terre.

L’Espagne républicaine a lutté héroïquement aidée par des volontaires internationaux qui composaient les brigades internationales. Venus de 53 pays par milliers défendre la République ils avaient compris que ce qui se passait en Espagne pouvait être le début d’une deuxième guerre mondiale. Plusieurs milliers d’entre eux sont morts dans les combats.

L’Espagne républicaine a été lâchée par la France et l’Angleterre sous prétexte de non intervention.

Cette non intervention était déjà une concession faite aux puissances fascistes.

Après la chute de Barcelone le 26 janvier 1939 et pendant plusieurs semaines un exil massif traverse les Pyrénées, la retirada.

Le poète Antonio Machado qui devait mourir à Collioure le 22 février 1939 avait écrit dans le journal la Vanguardia le 10 novembre 1938 à propos de la non-intervention :

« le plus grand pêcher à París et Londres; se nomme Comité de non-intervención .

Car évidemment c’est en Espagne où ils auraient dû intervenir il y a plus de deux ans pour empêcher que l’Espagne soit envahie par les plus implacables ennemis de la France.

Quand sir Neville Chamberlain et son jovial compère Daladier disent qu’ils ont obtenu que la guerre en Espagne cesse d’être une menace pour la paix en Europe, on se demande qui ils prétendre tromper, parce que aujourd’hui personne sur la planète de peut cautionner ces propos. C’est aujourd’hui que les intérêts vitaux de la France et de l’Angleterre sont menacés.

Les sincères amis de la France et de l’Angleterre que nous sommes encore nous voyons avec plus de répugnance que de terreur la suprême iniquité contre nous »

En février 1939, donc, le flot des réfugiés traverse les Pyrénées, la France de la Troisième République les dirigera dans des camps de concentration.

Quand les républicains espagnols se sont retrouvés dans ces camps de concentration français, nombre d’entre eux avaient déjà compris que le combat allait continuer car la République française, la troisième, était déjà abandonnée  depuis les accords de Munich en 1938 par ses propres gouvernants. D’ailleurs Pétain  a été nommé ambassadeur de la France auprès de Franco à Burgos sur nomination du gouvernement Daladier alors que la République espagnole livrait encore ses derniers combats. Une nouvelle trahison à l’égard du peuple espagnol et de sa République.

Les républicains espagnols malgré cet accueil indigne n’hésitèrent pas à prendre les armes par la suite contre l’occupant nazi. Pour eux la lutte commencée en 1936 contre le fascisme se poursuivait, pour le peuple français elle commençait.

 Il y a donc eu la contribution des espagnols dans la Résistance et pour la libération de Paris et de nombreuses villes de France. Ici à Montpellier, ils ont participé aux combats pour libérer la ville.

A ce propos je voudrais saluer la mémoire de notre ami Jean Miras décédé il y a quelques mois et qui  était un des guérilléros qui participa aux combats pour la libération de Montpellier, c’était aussi le cas du père de notre amie Lina Angles Puig. Lina qui est secrétaire adjointe de notre association a été porte drapeau à Montpellier à la cérémonie de la libération le 31 août dernier. Nous remercions à cette occasion monsieur Philippe Saurel Maire de Montpellier et président de Montpellier métropole, d’avoir accédé à notre demande. Ainsi le drapeau de la république espagnole a pu flotter à Montpellier pour la première fois depuis la libération comme ça été le cas à paris le 25 août 2012.

Revenons à 1939, ce gouvernement de la troisième République est responsable de milliers de morts dans les camps de concentration français avec ceux aussi qui furent renvoyés chez Franco puis assassinés ensuite ou torturés ou mis en prison. Renvoyés aussi des milliers d’enfants qui avaient trouvé refuge en France notamment à partir de 1937 lors de l’évacuation du pays basque après les bombardements par la légion Condor (l’aviation hitlérienne). Ces enfants ont-ils retrouvés leurs familles ? On sait maintenant les trafics auxquels se sont livrés les franquistes avec les enfants volés.

En 2012 nous écrivions au Président de la République François Hollande pour demander une reconnaissance officielle de la France à l’égard des républicains espagnols :

Je cite un extrait de ce courrier :

« Nous demandons la reconnaissance officielle nationale qu’attendent les républicains espagnols, leurs descendants pour le rôle qu’ils ont joué dans la libération de la France et de nombreuses grandes villes, plusieurs milliers y perdirent la vie. Ces républicains espagnols qu’un gouvernement de la troisième République française enferma en 1939 dans des camps de concentration bien français, plusieurs milliers y laissèrent leur vie. Ces républicains espagnols déportés sur dénonciation de la police de Vichy vers les camps nazis, notamment Mauthausen, plusieurs milliers y furent exterminés. Ces républicains espagnols contraints aussi au travail forcé sous surveillance policière en France dans les années quarante. La France doit reconnaître sa responsabilité historique pour ces dizaines de milliers de morts républicains espagnols, La France doit reconnaître leur rôle de libérateurs au même titre qu’elle l’a fait pour les autres résistants. Ces pages d’histoire de France occultées depuis trop longtemps doivent être intégrées dans les manuels scolaires. Nous demandons, Monsieur le Président de la République : vérité, justice et reconnaissance pour les républicains espagnols qui luttèrent pour la liberté en Espagne et en France. »

Aujourd’hui ici à Montpellier nous réitérons notre demande au Président de la République.

Ces républicains espagnols, qu’ils aient été résistants ou dans l’armée comme ceux de la Nueve de la 2ème DB  qui sont entrés les premiers dans Paris pensaient qu’après la libération qu’après la victoire des alliés contre le nazisme en 1945, l’Espagne serait libérée du franquisme.

 Les républicains espagnols ont été alors  à nouveau lâchés. Franco est resté en place. Près de 40 années de dictature ont suivie. Des exécutions et des tortures en Espagne par centaines de milliers couvertes par un silence de mort dans les démocraties européennes et par les Etats Unis qui installait pendant ce temps-là ses bases sur la péninsule ibérique et aujourd’hui les crimes du franquisme jouissent d’une totale impunité. Plus de 100 000 corps gisent encore dans des fosses. Les républicains espagnols après 1939 ont été emprisonnés, torturés, fusillés. Des centaines de milliers de victimes du franquisme qui s’ajoutent à celles de la guerre d’Espagne.

Mais notre combat en tant que descendants de l’exil républicain espagnol en France est transfrontalier, nous sommes aux côtés et solidaires du peuple espagnol qui vit une situation difficile, aujourd’hui les jeunes doivent à nouveau s’exiler pour travailler, aujourd’hui des lois liberticides sont votées en Espagne, aujourd’hui le franquisme, ses crimes, jouissent d’une totale impunité.

Nous sommes solidaires des associations et organisations qui luttent en Espagne contre l’impunité des crimes du franquisme et pour l’avènement de la troisième République. Nous sommes à leur côtés pour exiger vérité, justice et réparation.

Ces jours-ci d’avril et aujourd’hui même 14 avril dans toute l’Espagne des manifestations pour la République sont organisées et au moment où je parle les drapeaux républicains flottent par centaines à Madrid.

En ce 14 avril 2015 nous envoyons de Montpellier un salut fraternel à tous les rassemblements et  manifestations en Espagne pour faire monter l’exigence d’une troisième République. Pour que cesse l’impunité des crimes du franquisme.

Vive la République !

Viva la Republica !


 

 

 

 

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